{"id":1186,"date":"2017-10-04T12:00:58","date_gmt":"2017-10-04T12:00:58","guid":{"rendered":"http:\/\/ciedesogres.com\/wdp1\/?p=1186"},"modified":"2018-01-17T13:47:07","modified_gmt":"2018-01-17T13:47:07","slug":"ogres-met-k-o-lhomophobie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ciedesogres.com\/wdp1\/ogres-met-k-o-lhomophobie\/","title":{"rendered":"Ogres met K.O l\u2019homophobie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il est de ces spectacles coup de poing qui vous flanquent un uppercut dans le ventre en sortant de la salle. <em>Ogres<\/em>\u00a0vous retourne effectivement les tripes. Yann Verburgh exacerbe la violence presque insoutenable d\u2019exactions homophobes survenues aux quatre coins du globe. Sans aucun pathos, Eugen Jebeleanu met en sc\u00e8ne cette parole et ces gestes qui broient \u00e0 force de se banaliser avec une distance paradoxalement tr\u00e8s proche de nous. On \u00e9prouve une immense empathie pour ces \u00eatres marginalis\u00e9s. Bouleversant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0\u00a0quoi pourraient bien ressembler les ogres en 2017 ? Loin des g\u00e9ants anthropophages \u00e0 la Perrault, les monstres d\u2019aujourd\u2019hui se fondent dans la foule et peuvent impun\u00e9ment commettre leurs m\u00e9faits. Par un encha\u00eenement de sayn\u00e8tes, <em>Ogres<\/em> expose \u00e0 vif la brutalit\u00e9 de nos soci\u00e9t\u00e9s vis-\u00e0-vis des homosexuels et prouve que ce fl\u00e9au a contamine\u00e9 absolument toute la plan\u00e8te. Pensons \u00e0 ce lyc\u00e9en am\u00e9ricain qui tue un gar\u00e7on amoureux de lui apr\u00e8s en avoir re\u00e7u une lettre enflamm\u00e9e ou bien \u00e0 cette lyc\u00e9enne ougandaise honteusement out\u00e9e dans un journal local et condamn\u00e9e \u00e0 l\u2019exil. Ou encore \u00e0 cette lesbienne rejet\u00e9e par sa m\u00e8re et qui consigne dans un carnet rose toutes les injures dont elle a \u00e9t\u00e9 victime. Autant de micro-situations qui combin\u00e9es entre elles provoque inconstablement un sentiment de malaise et de rage. Une seule id\u00e9e en tete nous habite : nous lever et invectiver tous ceux qui culpabilisent, frappent, d\u00e9shumanisent et condamnent des gens pour leur orientation sexuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ogres<\/em> est un spectacle tr\u00e8s intense, qui ne nous laisse pas le temps de nous remettre de nos \u00e9motions. Cette surench\u00e8re impitoyable dans la cruaut\u00e9 brouille les fronti\u00e8res entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction. On ne sait jamais si ce sont des histoires v\u00e9cues ou non et finalement peu importe car on demeure exsangue quand le rideau tombe. Deux histoires s\u2019av\u00e8rent fil\u00e9es au cours de cette narration compl\u00e8tement fragment\u00e9e : celle d\u2019un instituteur laiss\u00e9 pour mort alors qu\u2019il se rendait dans un bois pour flirter \u00a0; sa rencontre avec un militant LGBT et ses confidences qui affleurent ; et celle \u00e0 rebours de deux amants iraniens qui vivent leur amour cach\u00e9s\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La for\u00eat, \u00e9l\u00e9ment symbolique puissant, \u00e9voque l\u2019interdit, le danger, l\u2019inconnu, les pulsions sexuelles\u2026 Uu endroit interlope, sauvage et accueillant au double visage. La sc\u00e9nographie de Velica Panduru cr\u00e9e un espace hors du temps aux allures de conte inqui\u00e9tant et vaporeux. Un moyen, tout comme les r\u00e9cits de notre enfance, d\u2019universaliser intelligemment les propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Love is a losing game<\/strong><br \/>\n La troupe convoqu\u00e9e sur le plateau se donne corps et \u00e2me pour incarner tour \u00e0 tour bourreaux, victimes et t\u00e9moins. Ils rendent palpables cette fameuse \u00ab\u00a0zone grise\u00a0\u00bb th\u00e9oris\u00e9e par Primo Levi dans laquelle il est difficile de tracer une fronti\u00e8re entre les bons et les coupables. Ils ont tous cette sensibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau qui donne envie soit de les frapper, soit de les prot\u00e9ger. Cl\u00e9mence Laboureau (\u00e0 la sublime voix rocailleuse, d\u00e9chirante), Claire Puygrenier, Ugo L\u00e9onard, Radouan Leflahi et Gauthier Boxebeld d\u00e9bordent de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Ce sont de grands com\u00e9diens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le constat semble amer, force est de constater que des lueurs d\u2019espoir peuvent s\u2019\u00e9chapper de cette obscurit\u00e9 sans fond. Le jeune Russe Luka, par exemple, qui refuse de baisser la t\u00eate et revendique haut et fort ce qu\u2019il est, malgr\u00e9 la pression de son entourage. Un moyen de nous rappeler que m\u00eame si l\u2019homophobie continue de s\u00e9vir avec obstination, c\u2019est en poursuivant le combat que les pr\u00e9jug\u00e9s s\u2019\u00e9crouleront. Quand le th\u00e9\u00e2tre accomplit sa catharsis avec brio\u2026\u00a0&#x2665;\u00a0&#x2665;\u00a0&#x2665;\u00a0&#x2665;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>OGRES<\/strong><\/em> de <strong>Yann Verburgh<\/strong>. M.E.S d\u2019<strong>Eugen Jebeleanu<\/strong>. Th\u00e9\u00e2tre Ouvert. 1h25. 01 42 55 55 50.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a9 Geoffrey Fages<\/p>\n<p>SOURCE: https:\/\/hierautheatre.wordpress.com\/2017\/10\/04\/ogres-met-k-o-lhomophobie\/<br \/>\n Hier au Th\u00e9\u00e2tre, le 04\/10\/2017<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est de ces spectacles coup de poing qui vous flanquent un uppercut dans le ventre en sortant de la salle. Ogres\u00a0vous retourne effectivement les tripes. Yann Verburgh exacerbe la violence presque insoutenable d\u2019exactions homophobes survenues aux quatre coins du globe. 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