CONTEXTE menant à L’ÉCRITURE

ITINÉRAIRE
un jour le monde changera

« À l’aune du Brexit, des replis identitaires et d’un euroscepticisme décomplexé et galopant, que demeure-t-il de l’utopie européenne ? À combien de vitesses l’Europe fonctionne-t-elle ? À qui bénéficie-t-elle ? Schengen, zone euro, combien d’Europes, existent-ils ? Plus de 25 ans après la signature du traité de Maastricht qui a posé les bases de l’Union européenne, où en sommes-nous de ce mariage plural et interculturel ? Et du point de vue théâtral, qu’est-elle en mesure de produire ? Un théâtre européen, débarrassé de tout exotisme, multiculturel et plurilingue, est-il envisageable ?

Dans le binôme que nous formons avec Eugen Jebeleanu, la question de l’Europe s’est d’emblée imposée entre un metteur en scène roumain et un auteur français. Dans ce voyage perpétuel entre « Est » et « Ouest », l’identité est au cœur de nos préoccupations et de nos créations précédentes : discriminations et violences faites aux minorités sexuelles (Ogres, Quartett Éditions, production Cie des Ogres, 2017), rôle des « images » dans la construction identitaire chez l’adolescent (Alice, production Théâtre Gong de Sibiu, Roumanie, 2015 ; Digital natives, Ed. Les Solitaires Intempestifs, production Comédie de Valence-CDN, 2018). Aujourd’hui, nous souhaitons donner voix à une partie de la jeunesse européenne. À quoi les jeunes européens, nés avec la construction de l’Union, sont-ils confrontés ? Comment se construisent-ils au-delà des frontières de leur nation ?

L’écriture sera celle d’une pièce mosaïque, telle que La Réunification des deux Corées de Joël Pommerat (Ed. Actes Sud), composée de scènes courtes, révélant des histoires et des situations dramatiques à la charge émotionnelle forte, où l’action prévaut sur la parole, comme autant d’itinéraires dessinant une cartographie sensible et universelle de cette jeunesse multiculturelle. À l’instar de mes précédentes pièces, l’écriture sera celle d’un théâtre documenté, en prise directe avec le réel et nourrie de l’actualité pour créer la fiction. C’est également dans un aller-retour constant avec le plateau et en échange avec le metteur en scène et les acteurs que se construiront ces histoires. L’écriture se mettra ainsi entièrement au service du plateau, de la mise en scène et sera créatrice et moteur de jeu pour les acteurs.

Je garderai à l’esprit dans le développement de ces histoires la dimension plurilingue de leur interprétation et la circulation internationale du spectacle dans le but de créer des personnages dont la voix ne se perdra pas en passant d’un territoire à l’autre. Je m’attacherai à creuser les lignes de résistances intimes de ces personnages dans le rapport qu’ils entretiennent à l’autre, à l’amour, au pouvoir. Je travaillerai sur les mécanismes de l’empathie pour partager avec les spectateurs sur un plan sensible les questions qui nous poussent à créer ce spectacle : à quel moment sommes-nous prêts à bouger nos « frontières » ? À quel moment sommes-nous prêts à changer le monde ? »

Yann Verburgh