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Vaccin contre l’intolérance

Julien Avril – I/O Gazette -7 octobre 2017

crédit photo: Geoffrey FAGES

« Love is a losing game », disait dans sa chanson l’icône pop Amy Winehouse. C’est sur cette affirmation que s’ouvre « Ogres », pièce uppercut de Yann Verburgh, comme le constat d’une malédiction qui pèse sur la communauté homosexuelle pour qui l’amour est un jeu qui se joue à perte. Mais comme toujours au théâtre, la malédiction est là pour être conjurée. C’est donc une pièce de résistance qui nous est donc proposée ici. Un voyage qui va de la souffrance à la résilience.

Ce voyage, c’est avant tout celui de Benjamin, jeune professeur agressé, brûlé et laissé pour mort dans une forêt près de Rouen parce qu’il venait y rencontrer d’autres hommes. Son histoire, de l’agression jusqu’au procès, est le fil rouge autour duquel se tressent d’autres récits de violence aux quatre coins du monde. De la Russie au Brésil en passant par l’Iran et l’Europe de l’Est, ces vignettes, écrites à partir d’un travail de documentation, forment une mosaïque qui dessine le visage de l’homophobie contemporaine. Abomination pour les fanatiques religieux ou nouveaux boucs émissaires pour détourner le regard du peuple d’autres enjeux sociaux, politiques ou économiques, chaque épisode agit comme un petit précipité dramatique qui met en lumière telle ou telle problématique de la persécution des homosexuels.

Cette dramaturgie en montage qui nous fait passé sans cesse d’un espace à l’autre ou d’avant en arrière dans le temps, et qui donne tour à tour la parole aux victimes et aux bourreaux, permet une rotation constante des points de vue dans des scènes souvent très violentes et très dures à recevoir. Ces allers-retours traduisent la dynamique d’un rapport de force mondialisé autour de la place des homosexuels, l’obscurantisme gagnant du terrain à tel endroit du globe lorsque la tolérance progresse à tel autre endroit.

Mais si la pièce propose cet état des lieux, elle s’engage aussi dans la bataille. Et pour cela elle utilise l’un des outils les plus puissant du théâtre, l’identification. Autrement dit l’empathie. Quelle meilleure arme pour lutter contre l’exclusion que d’amener le spectateur à se reconnaître en l’autre. Yann Verburgh sculpte le drame réaliste avec une précision d’orfèvre tandis que la mise en scène d’Eugen Jebeleanu fabrique des images sonores et visuelles saisissantes. Les acteurs sautent d’un personnage à l’autre avec toujours beaucoup de justesse et de simplicité. On sort aussi bouleversé qu’essoufflé d’avoir vécu par procuration chacun de ces destins, tragiques souvent, mais aussi porteurs d’espoir.

On pourrait souhaiter plus de recul dans le traitement du sujet, mais ce théâtre-là ne souffre pas de distanciation. Élaborée en réaction aux débordements de la Manif pour tous, il se pense autant comme un mécanisme d’auto-défense de la part d’une communauté opprimée que comme une tentative de rassemblement par la représentation. Un vaccin. Une frappe préventive, à l’abri des murs du théâtre, pour nous rappeler que chacun à le droit de jouer le jeu d’amour qui lui plaît.

SOURCE: http://www.iogazette.fr/critiques/creations/2017/vaccin-contre-lintolerance/
Publié le 07/10/2017 sur I/O Gazette par Julien Avril

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Des ogres et des proies

Ogres (résumé ici) est un spectacle écrit par Yann Verburgh, mis en scène par Eugen Jebeleanu.

Homophobies en fiction

On peut dire que le travail de documentation qui a précédé et accompagné l’écriture d’Ogres, (plus de 300 témoignages de violences homophobes, collectés dans le monde entier par l’auteur) marque le spectacle du sceau de la réalité. La fiction s’insère naturellement et se tisse dans ce spectacle « dit de » théâtre documenté.

Eugen Jebeleanu insiste sur la volonté de la Compagnie des Ogres de proposer une ouverture à la réflexion pour tous : la démarche artistique de l’équipe devait s’inscrire, avant même de débuter les répétitions, dans un désir commun de s’adresser à n’importe quel spectateur, qu’il ou elle soit concerné(e) « ou non » par la cause LGBT/QIA. Pari réussi.

Quand on les interroge sur leur manière d’aborder les changements constants de personnages auxquels ils et elles doivent faire face tout au long de la pièce, les acteurs d’Ogres affirment qu’ici plus qu’ailleurs « la situation prime sur l’incarnation ». Chacun devient victime, bourreau, puis redevient victime, sans que jamais une marche ne soit ratée, un enchaînement négligé.

Des récits au conte

Le bois, la nuit sont omniprésents dans Ogres et constituent à eux deux autre chose qu’unités de lieu ou de temps : ils sont un personnage à part entière.

Á la fin du spectacle, un adolescent (de nationalité russe : la pièce parcourt une réalité sombre et universelle) s’enfonce dans cette entité, ce bois franchement lugubre. Le « petit » vit embourbé dans une existence faite de tortures répétées et d’humiliations : il court entre les arbres, après l’assistante sociale de son lycée – tout en essayant de fuir ses propres ogres. Ce n’est qu’un enfant : il demande de l’aide, à une adulte de son entourage. L’interlocutrice une fois rattrapée par l’ado rappelle alors, entre autres gentillesses, qu’elle n’a légalement pas le droit de parler d’homosexualité avec un mineur. La pièce est faite de ça : de pistes, de petits cailloux laissés sur le chemin de la réflexion personnelle du spectateur.

Ailleurs, moments autres, une fée, une « diva » – dira une jeune spectatrice à l’issue de la rencontre – apparaît à plusieurs reprises. Vêtue de robes à paillettes, la jeune femme chante merveilleusement et vient apaiser les tourments du spectateur, lui offrant un peu de cet oxygène qui manque par moment. Eugen Jebeleanu dira de cette apparition (appelons-la comme ça), qu’elle est une référence au conte – essentiel dans sa réflexion et son propos artistique comme dans ceux de Yann Verburgh. La balance entre imaginaire (rêve ou cauchemar) et réalité oscille, passant de l’un à l’autre, selon un même battement que celui par lequel les acteurs d’Ogres deviennent tour à tour bourreaux puis victimes.

La présence répétée de cette femme « magique » qui erre – comme chacun – au coeur de la forêt nous évoque ces êtres doux, celles et ceux qui sentent bon l’amour « et la fleur d’oranger ». Car si, dans notre monde, les ogres existent (aucun doute là-dessus) les gens magiques qui peuplent nos quotidiens et nos nuits existent tout autant. Ce spectacle nécessaire nous rappelle aussi cela, à chaque instant.

Ogres – édité chez Quartett – avec Gautier Boxebeld, Clémence Laboureau, Radouan Leflahi, Ugo Léonard et Claire Puygrenier  – est prochainement programmé en Roumanie et en tournée en France.

SOURCE: https://3615malm.com/2017/10/07/ogres-proies/
Publié par MALM, sur son blog 3615malm, le 07/10/2017

Ogres met K.O l’homophobie

Il est de ces spectacles coup de poing qui vous flanquent un uppercut dans le ventre en sortant de la salle. Ogres vous retourne effectivement les tripes. Yann Verburgh exacerbe la violence presque insoutenable d’exactions homophobes survenues aux quatre coins du globe. Sans aucun pathos, Eugen Jebeleanu met en scène cette parole et ces gestes qui broient à force de se banaliser avec une distance paradoxalement très proche de nous. On éprouve une immense empathie pour ces êtres marginalisés. Bouleversant.

À quoi pourraient bien ressembler les ogres en 2017 ? Loin des géants anthropophages à la Perrault, les monstres d’aujourd’hui se fondent dans la foule et peuvent impunément commettre leurs méfaits. Par un enchaînement de saynètes, Ogres expose à vif la brutalité de nos sociétés vis-à-vis des homosexuels et prouve que ce fléau a contamineé absolument toute la planète. Pensons à ce lycéen américain qui tue un garçon amoureux de lui après en avoir reçu une lettre enflammée ou bien à cette lycéenne ougandaise honteusement outée dans un journal local et condamnée à l’exil. Ou encore à cette lesbienne rejetée par sa mère et qui consigne dans un carnet rose toutes les injures dont elle a été victime. Autant de micro-situations qui combinées entre elles provoque inconstablement un sentiment de malaise et de rage. Une seule idée en tete nous habite : nous lever et invectiver tous ceux qui culpabilisent, frappent, déshumanisent et condamnent des gens pour leur orientation sexuelle.

Ogres est un spectacle très intense, qui ne nous laisse pas le temps de nous remettre de nos émotions. Cette surenchère impitoyable dans la cruauté brouille les frontières entre réalité et fiction. On ne sait jamais si ce sont des histoires vécues ou non et finalement peu importe car on demeure exsangue quand le rideau tombe. Deux histoires s’avèrent filées au cours de cette narration complètement fragmentée : celle d’un instituteur laissé pour mort alors qu’il se rendait dans un bois pour flirter  ; sa rencontre avec un militant LGBT et ses confidences qui affleurent ; et celle à rebours de deux amants iraniens qui vivent leur amour cachés…

La forêt, élément symbolique puissant, évoque l’interdit, le danger, l’inconnu, les pulsions sexuelles… Uu endroit interlope, sauvage et accueillant au double visage. La scénographie de Velica Panduru crée un espace hors du temps aux allures de conte inquiétant et vaporeux. Un moyen, tout comme les récits de notre enfance, d’universaliser intelligemment les propos.

Love is a losing game
La troupe convoquée sur le plateau se donne corps et âme pour incarner tour à tour bourreaux, victimes et témoins. Ils rendent palpables cette fameuse « zone grise » théorisée par Primo Levi dans laquelle il est difficile de tracer une frontière entre les bons et les coupables. Ils ont tous cette sensibilité à fleur de peau qui donne envie soit de les frapper, soit de les protéger. Clémence Laboureau (à la sublime voix rocailleuse, déchirante), Claire Puygrenier, Ugo Léonard, Radouan Leflahi et Gauthier Boxebeld débordent de générosité. Ce sont de grands comédiens.

Si le constat semble amer, force est de constater que des lueurs d’espoir peuvent s’échapper de cette obscurité sans fond. Le jeune Russe Luka, par exemple, qui refuse de baisser la tête et revendique haut et fort ce qu’il est, malgré la pression de son entourage. Un moyen de nous rappeler que même si l’homophobie continue de sévir avec obstination, c’est en poursuivant le combat que les préjugés s’écrouleront. Quand le théâtre accomplit sa catharsis avec brio… ♥ ♥ ♥ ♥

OGRES de Yann Verburgh. M.E.S d’Eugen Jebeleanu. Théâtre Ouvert. 1h25. 01 42 55 55 50.

© Geoffrey Fages

SOURCE: https://hierautheatre.wordpress.com/2017/10/04/ogres-met-k-o-lhomophobie/
Hier au Théâtre, le 04/10/2017

120 nuances d’homophobie

Ogres – La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon – janvier 2017

Au Théâtre Ouvert, la Compagnie des Ogres plonge dans le ventre de la bête homophobe. Doté d’une belle dimension artistique, leur spectacle est une des pépites inattendues de cette rentrée théâtrale.

Yann Verburgh et Eugen Jebeleanu organisent un tour du monde à la fois grave et singulier. De Rouen à Kampala, de Sao Paulo à Sotchi, l’auteur et le metteur en scène d’Ogres révèlent les différentes facettes de l’homophobie. Politiquement et/ou religieusement institutionnalisée en Russie, en Iran ou en Ouganda, criminelle au Brésil où un homosexuel est tué toutes les 28 heures, quotidienne sur bon nombre de lieux de travail, elle se matérialise différemment mais toujours avec la même violence pour les personnes visées, attaquées et meurtries dans leur cœur et parfois même dans leur chair.

En guise de fil rouge est contée l’histoire de Benjamin. Jeune instituteur rouennais, il est sauvagement agressé par trois hommes qui lui tendent un guet-apens sur un lieu de drague. Violé puis brûlé vif, il en réchappe miraculeusement et tente de se reconstruire avec l’aide de Yoan, un jeune militant associatif pour les droits LGBT. Autour d’eux, se greffe un patchwork d’histoires mêlant bourreaux et victimes, proches et famille, avec à chaque fois le même but : dévoiler la face humaine d’un fait sociétal trop souvent décrit à grand renfort de données chiffrées qui désincarnent le phénomène.

Parfois un brin didactique dans les dialogues, le texte de Yann Verburgh n’en traduit pas moins une compréhension très fine du sujet grâce à une palette de situations simples mais extrêmement nuancées. Sensible, il est servi par la belle brochette de comédiens de la Compagnie des Ogres parmi lesquels Radouan Leflahi, véritable caméléon, se distingue particulièrement. Par leur jeu intense mais toujours juste, certaines scènes deviennent touchantes, voire franchement glaçantes. En équilibre, ils ne tombent jamais dans les travers d’un jeu psychologisant qui pourrait tourner au pathos.

Surtout, la mise en scène d’Eugen Jebeleanu fait mouche. Sous-tendue par l’intéressante création sonore de Rémi Billardon et orchestrée dans la remarquable scénographie de Velica Panduru – dont la forêt ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’Anne Teresa de Keersmaeker dans La Nuit transfigurée –, elle n’est pas sans rappeler la construction dramaturgique de Joël Pommerat – à l’époque d’Au monde ou de La Réunification des deux Corées –, la rythmique scénique de Julien Gosselin dans 2666 ou la sensibilité voilée et géographiquement identifiée de Caroline Guiela Nguyen dans le récent Saïgon. Melting pot d’inspirations, elle permet au spectacle de ne pas en rester au stade d’outil de prévention salutaire mais de se transformer en un vrai et bel objet théâtral.

Ogres
Mise en scène : Eugen Jebeleanu
Texte : Yann Verburgh
Jeu : Gautier Boxebeld, Clémence Laboureau, Radouan Leflahi, Ugo Léonard, Claire Puygrenier
Son : Rémi Billardon
Scénographie : Velica Panduru
Administration, production : Eva Manin
Production : Cie des Ogres
Coproduction FATP – Fédération d’Associations de Théâtre Populaire, Théâtre Ouvert Cndc, L’Étincelle – Théâtre de la ville de Rouen
Avec le soutien de l’Adami, de la Spedidam, de la Chartreuse Cnes de Villeneuve lez Avignon, du Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint-Denis, du JTN – Jeune Théâtre National, de Confluences – lieu d’engagement artistique, de la Compania 28 et du Festival Temps d’Images de Cluj (Roumanie)
Cette oeuvre a bénéficié de l’aide à la production et à la diffusion du Fonds SACD Théâtre
Texte lauréat de l’Aide à l’écriture de l’association Beaumarchais-SACD, de l’Aide à la création du CnT – Centre national du Théâtre et de l’Aide à la publication du CNL – Centre National du Livre
Remerciements Maison des Auteurs de la SACD, la Compagnie KonfisKé(e)
Durée: 1h20

8 février 2017, 20h – Théâtre Gérard Philipe, Orléans
18 février 2017, 20h30 – Atrium, Dax
23 février 2017, 20h15 – Auditorium Pitot, Site du Pont du Gard, Vers-Pont-du-Gard
24 février 2017, 20h45 – Espaces Culturels, Villefranche-de-Rouergue
28 février 2017, 20h30 – Théâtre de la Maison du Peuple, Millau
1 mars 2017, 20h30 – Théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence
21 mars 2017, 20h – Théâtre de l’Odéon, Nîmes
23 mars 2017, 20h30 – Salle Georges Brassens, Lunel
25 mars 2017, 20h45 – Théâtre Na Loba, Pennautier
30 mars 2017, 20h30 – Auditorium de La Louvière, Epinal
Du 22 septembre au 7 octobre 2017 inclus – Ogres à Théâtre Ouvert cndc, Paris (relâche le dimanche 24 septembre, dimanche 1er et lundi 2 octobre)

SOURCE : critique de Vincent Bouquet, le 26 septembre 2017 sur SCENEWEB.FR
LIEN VERS L’ARTICLE ORIGINEL : http://www.sceneweb.fr/ogres-de-yann-verburgh-dans-une-mise-en-scene-de-eugen-jebeleanu-un-voyage-au-coeur-de-lhomophobie/

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Plongée au cœur de l’homophobie

Ogres à Théâtre Ouvert – 18 novembre 2015

 

Traiter de l’homosexualité, et son corollaire l’homophobie, au théâtre, est un exercice toujours délicat, parfois périlleux, et plutôt rare, dans la mesure où le spectacle vivant exacerbe sur scène les rapports humains. Au cinéma, la distanciation entre acteurs et public rend la tâche plus aisée.

Le metteur en scène roumain Eugen Jebeleanu s’est emparé du texte de Yann Verburgh, « Ogres », et l’a porté sur scène. Créé fin janvier à Villeneuve lez Avignon, Orléans était la première étape de la tournée de la compagnie, invitée par l’ATAO, adhérente à la FATP (Fédération d’Association du Théâtre Populaire).

Le texte-choc de Verburgh est une suite de témoignages, de Paris à Téhéran, de Sotchi à Kampala, et surtout de Rouen où en 2009, un jeune instituteur, Benjamin (Jérémy en réalité), est laissé pour mort dans sa voiture incendiée, témoignages racontant les horreurs générées par la haine de l’homosexualité. Ce texte est une plongée au cœur de la bêtise humaine, la plus abjecte, la plus répugnante, qui consiste à s’en prendre à ceux qui sont différents, ici l’orientation sexuelle. L’histoire de Benjamin sert de fil conducteur au texte de Verburgh : fréquemment sur scène (on débute et on termine avec lui), avant et après le procès de ses bourreaux, il refuse toute récupération d’où qu’elle vienne, mais ne parviendra pas à reprendre la classe.

Jebeleanu a confié à 5 jeunes acteurs, le soin de raconter l’indicible horreur, trois hommes, deux femmes, mais peu importe le sexe, les rôles étant interchangeables. Chacun joue parfaitement juste, s’exprime d’une voix claire (ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui), sans en faire trop dans la démonstration, mais assez pour créer l’émotion. Jebeleanu et son équipe ont su parfaitement maîtrisé le texte, avec un décor en deux temps, une musique sourde, lancinante, c’est du très beau travail qui mérite amplement une tournée dans toute la France.

Ceci dit, est-ce faire théâtre que raconter une litanie d’horreurs ? La question mérite d’être posée. Personne n’a évidemment de réponse, et il ne m’appartient pas d’en apporter une. Toutefois, un second volet aurait mérité d’accompagner ces témoignages, suscitant réflexion et débat. Certes, on m’objectera que le matériau brut proposé par Verburgh est à même de remplir cette tâche. Dans un sens, oui. Mais il serait fort dommage que la seule compassion soit au rendez-vous du public.

Quoi qu’il en soit, voilà un spectacle à voir pour le thème qui ne saurait mériter l’indifférence, la mise en scène et le jeu des acteurs. Citons-les, ils le méritent : Gautier Boxebeld, Claire Puygrenier, Radouan Leflahi, Ugo Léonard et Clémence Laboureau, cette dernière à la très belle voix.

SOURCE: http://montetraslyre.blogspot.fr/2017/02/plongee-au-coeur-de-lhomophobie.html

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Lunel : l’homophobie pointée du doigt sur la scène de Brassens

Ogres – Théâtre Gérard Philipe d’Orléans – 8 février 2017

Les Associations de théâtre populaire (ATP) reçoivent jeudi 23 mars la compagnie des Ogres de Meudon.

« Ogres », de Yann Verburgh, est une pièce qui a la particularité d’avoir été sélectionnée et aidée par la Fédération d’associations de théâtre populaire (FATP). Elle est donc jouée dans toutes les ATP du pays. Choisi parmi une soixantaine de projets, celui-ci a su interpeller le jury, comme l’explique la présidente des ATP de Lunel, Anne Taraud : « C’était la plus convaincante, un texte bouleversant, une mise en scène originale… Et nous avons surtout été impressionnés par le courage qu’il faut pour porter ce message ».

Tabous et incompréhension

Il est vrai qu’en programmant « Ogres », les ATP ont vu l’opportunité, et la nécessité, de mettre des mots sur un sujet encore gonflé de tabous et d’incompréhension, l’homophobie. L’idée de cette pièce est venue à l’esprit de Yann Verburgh en 2013. Le projet de loi autorisant le mariage aux couples de même sexe vient alors d’être voté, et représente une avancée extraordinaire pour la communauté LGBT française.

Mais dans le même temps Yann Verburgh est choqué d’apprendre que les agressions homophobes s’intensifient. Il décide donc de se renseigner plus en profondeur sur les mauvais traitements réservés en France et dans le monde entier aux homosexuels. Il résume : « Il n’y a pas de mots pour qualifier ce que j’ai trouvé, même si on peut parler d’intolérance, de violence, de discrimination, de crime de haine, de barbarie ou d’horreur ». Et, comme pour évacuer toutes ces tragédies, il prend la plume et décide de raconter le pire tout en injectant un message d’espoir : « Au milieu de l’horreur surgit l’amour ».

Les ogres, métaphore de la peur

Le public retrouvera donc Benjamin, jeune instituteur homosexuel. Il vient de se faire agresser et d’être laissé pour mort dans une forêt de Normandie. Traumatisé, bien sûr, Benjamin doit faire face à ses ogres : « Les ogres sont la métaphore d’une peur et d’une souffrance, explique Yann Verburgh. Celles de Benjamin et celles des autres victimes. Ils sont la représentation d’une cruauté, celle de la bouche, du stade oral, du verbe, jusqu’à la barbarie, jusqu’au sang, jusqu’au meurtre, jusqu’à l’horreur ».

Tout au long de la pièce, les spectateurs entendront la voix des ogres, celle des parents des victimes, des âmes en souffrance. L’auteur propose une pièce qu’il définit comme du « théâtre documenté » qui s’inspire de la situation des homosexuels dans 14 pays différents, et illustre 28 scènes. Et toujours, en fil rouge, Benjamin, cet instituteur qui souffre et cherche la résilience. Le public le suivra de son agression jusqu’au jour du procès. « Bien sûr que cette pièce est triste, dramatique, précise Anne Taraud. Mais elle a aussi une raison d’être, elle peut ouvrir le débat. C’est en tout cas notre démarche ».

SOURCE: Midi Libre Lunel, édition du 22/03/2017
Consultez la version en ligne ici.

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« Du théâtre engagé contre l’homophobie à l’Atrium »

 

Du théâtre engagé contre l’homophobie à l’Atrium

SOCIÉTÉ Les Amis du théâtre abordent avec la pièce jouée ce soir, à Dax, le thème de l’hostilité à l’égard des homosexuels

Homophobie, rejet de l’homosexualité et hostilité à l’égard des homosexuels. Ce sujet, tabou dans nombre de pays, est abordé dans la pièce « Ogres ». Cette création théâtrale originale est née grâce à la Fédération d’associations de théâtre populaire (FATP). Ce collectif dont l’association locale des Amis du théâtre fait partie intégrante, se charge de sélectionner des textes jamais joués. En lice trois travaux. Celui de Yann Verburgh a suscité bien des débats. « Ce texte contemporain n’y va pas par quatre chemins », présente Carine Bonnard, vice-présidente des Amis du théâtre de Dax, professeur de français et de latin au lycée Borda. En janvier dernier, la première représentation confidentielle, à Avignon, retient l’attention et bloque le choix. La fédération opte pour la coproduction d’« Ogres ». De cet engagement, la compagnie du même nom voit le jour. Le sujet des agressions homophobes « montre des récits marquants » à travers le monde (Russie, Ouganda, Iran, Brésil, Grèce, États-Unis,…). Avec en fil rouge, l’histoire de Benjamin, conduite jusqu’au procès.

Thème inattendu
Carine Bonnard, a assisté à la première : « J’y allais avec des attentes. Finalement, la mise en scène n’est pas redondante. Le texte, choisi pour son écriture, aborde un thème inattendu. Il faut écouter jusqu’au bout le message ». Du théâtre engagé pour « montrer aux Dacquois ce qu’ils n’ont pas l’habitude de voir ». Cette pièce part de faits divers entrecroisés, de destins, de témoignages, de voix de victimes d’agressions homophobes. Sur scène, la violence de ces actes, la réalité en pleine tête. Chaque cas se présente sous forme de saynète avec en décor une forêt où se trouvent les ogres. Tout en gardant bien en vue la ligne directrice, celle de Benjamin, instituteur, torturé et laissé pour mort dans un bois de Normandie. « Toutes les histoires se passent chez lui. Les personnes y viennent pour parler de leur vécu », glisse le metteur en scène roumain, Eugen Jebeleanu, qui souhaite rendre ce spectacle accessible. « Ce texte parle de la liberté d’aimer, des minorités, de la parole des parents et des victimes ». Toutefois, les Amis du théâtre tiennent à prévenir les lecteurs et les futurs spectateurs. La représentation s’adresse aux personnes de plus de 16 ans car les acteurs emploient un langage parfois virulent et direct. Certaines scènes sont jugées dures.

Susciter le débat
Dans le même décor, l’homosexualité féminine et masculine occupe toute la scène, « pour toucher un maximum de personnes », espère Carine Bonnard. Elle attend l’ouverture d’un débat autour de cette pièce « qui ne laisse pas indifférent ». La compagnie organise un « bord de scène ». Ainsi, les spectateurs peuvent échanger avec les comédiens et le metteur en scène. « C’est important d’avoir une discussion après. Le public a besoin d’entendre le message, de parler de ce sujet et de ces questions, de se créer un monde. Chaque spectateur peut y trouver son chemin », raisonne Eugen Jebeleanu. « Ogres », actuellement en tournée dans toute la France, ne se joue qu’une fois dans le Sud-Ouest, à Dax, ce soir. La pièce s’exporte ensuite dans le Sud-Est avant d’envahir la capitale cet automne. « Cette pièce a un bel avenir. Il est important de faire vivre ce texte », estime la vice-présidente des Amis du théâtre. Des places restent disponibles (encadré ci-dessous).

PROGRAMMATION
L’association des Amis du théâtre propose un spectacle par mois à l’Atrium, à 20 h 30. Le 25 mars, se joue la pièce d’Emmanuel Gil « Le Delirium du papillon ». Le 7 avril, celle de Stendhal « La Chartreuse de Parme ». Pour l’achat des places, un tour à l’office de tourisme suffit. Il peut aussi se faire le jour de la représentation.

ALEXIA CHARTRAL
dax@sudouest.fr

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« Ogres met l’homophobie en pièce »

« Ogres met l’homophobie en pièce » dans le magazine La Chronique d’Amnesty International

2016-31-01 - Amnestie International - Ogres met l'homophobie en pièce

« C’est impressionnant la nuit dans les bois, quoi. Les flammes et tout. Mais on s’est cassé direct. Je vois pas comment il s’en est sorti vivant, quoi. »
Ogres
commence avec l’attaque de Benjamin, un jeune homosexuel laissé pour mort dans un bois en Normandie. L’histoire, racontée par son agresseur, sert de fil rouge à la pièce, jusqu’au procès. En fond de scène, des noms de villes défilent sur grand écran. Quatorze au total : France, Russie, Ouganda, Brésil… Ces lieux introduisent des scènes fragmentées autour d’actes homophobes.
A la croisée du documentaire et de la fiction, Ogres est la première pièce de Yann Verburgh. « Je me suis documenté sur les cas d’homophobie à travers le monde : certains parcours, plus que d’autres, sont restés en moi », raconte l’auteur. Le résultat est un « théâtre documenté », selon son metteur en scène Eugen Jebeleanu, qui s’est donné pour mission de « créer un réel poétisé à partir de faits ».
Au fil de la pièce, les points de vue des victimes, des agresseurs, des familles et des témoins se confrontent. « On est tout à tour amené à incarner la victime et le bourreau, sans caricature. On s’interroge alors : n’avons-nous jamais endossé ces deux rôles une fois dans notre vie ? », explique le comédien Gautier Boxebeld, qui incarne, entre autres, le personnage principal, Benjamin.
Déjà présenté lors de lectures et de mises en espaces, Ogres a remporté mi-décembre l’appel à projet de la Fédération d’associations de théâtre populaire (FATP) : le spectacle pourra donc être monté et programmé sur une quinzaine de dates à travers toute la France pour la saison 2016-2017. Le texte de la pièce sera quant à lui publié aux éditions Quartett au mois de mai.

Julia Mourri
Amnesty International
Janvier 2016

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