Archives de catégorie : Presse

Plongée au cœur de l’homophobie

Ogres à Théâtre Ouvert – 18 novembre 2015

 

Traiter de l’homosexualité, et son corollaire l’homophobie, au théâtre, est un exercice toujours délicat, parfois périlleux, et plutôt rare, dans la mesure où le spectacle vivant exacerbe sur scène les rapports humains. Au cinéma, la distanciation entre acteurs et public rend la tâche plus aisée.

Le metteur en scène roumain Eugen Jebeleanu s’est emparé du texte de Yann Verburgh, « Ogres », et l’a porté sur scène. Créé fin janvier à Villeneuve lez Avignon, Orléans était la première étape de la tournée de la compagnie, invitée par l’ATAO, adhérente à la FATP (Fédération d’Association du Théâtre Populaire).

Le texte-choc de Verburgh est une suite de témoignages, de Paris à Téhéran, de Sotchi à Kampala, et surtout de Rouen où en 2009, un jeune instituteur, Benjamin (Jérémy en réalité), est laissé pour mort dans sa voiture incendiée, témoignages racontant les horreurs générées par la haine de l’homosexualité. Ce texte est une plongée au cœur de la bêtise humaine, la plus abjecte, la plus répugnante, qui consiste à s’en prendre à ceux qui sont différents, ici l’orientation sexuelle. L’histoire de Benjamin sert de fil conducteur au texte de Verburgh : fréquemment sur scène (on débute et on termine avec lui), avant et après le procès de ses bourreaux, il refuse toute récupération d’où qu’elle vienne, mais ne parviendra pas à reprendre la classe.

Jebeleanu a confié à 5 jeunes acteurs, le soin de raconter l’indicible horreur, trois hommes, deux femmes, mais peu importe le sexe, les rôles étant interchangeables. Chacun joue parfaitement juste, s’exprime d’une voix claire (ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui), sans en faire trop dans la démonstration, mais assez pour créer l’émotion. Jebeleanu et son équipe ont su parfaitement maîtrisé le texte, avec un décor en deux temps, une musique sourde, lancinante, c’est du très beau travail qui mérite amplement une tournée dans toute la France.

Ceci dit, est-ce faire théâtre que raconter une litanie d’horreurs ? La question mérite d’être posée. Personne n’a évidemment de réponse, et il ne m’appartient pas d’en apporter une. Toutefois, un second volet aurait mérité d’accompagner ces témoignages, suscitant réflexion et débat. Certes, on m’objectera que le matériau brut proposé par Verburgh est à même de remplir cette tâche. Dans un sens, oui. Mais il serait fort dommage que la seule compassion soit au rendez-vous du public.

Quoi qu’il en soit, voilà un spectacle à voir pour le thème qui ne saurait mériter l’indifférence, la mise en scène et le jeu des acteurs. Citons-les, ils le méritent : Gautier Boxebeld, Claire Puygrenier, Radouan Leflahi, Ugo Léonard et Clémence Laboureau, cette dernière à la très belle voix.

SOURCE: http://montetraslyre.blogspot.fr/2017/02/plongee-au-coeur-de-lhomophobie.html

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Lunel : l’homophobie pointée du doigt sur la scène de Brassens

Ogres – Théâtre Gérard Philipe d’Orléans – 8 février 2017

Les Associations de théâtre populaire (ATP) reçoivent jeudi 23 mars la compagnie des Ogres de Meudon.

« Ogres », de Yann Verburgh, est une pièce qui a la particularité d’avoir été sélectionnée et aidée par la Fédération d’associations de théâtre populaire (FATP). Elle est donc jouée dans toutes les ATP du pays. Choisi parmi une soixantaine de projets, celui-ci a su interpeller le jury, comme l’explique la présidente des ATP de Lunel, Anne Taraud : « C’était la plus convaincante, un texte bouleversant, une mise en scène originale… Et nous avons surtout été impressionnés par le courage qu’il faut pour porter ce message ».

Tabous et incompréhension

Il est vrai qu’en programmant « Ogres », les ATP ont vu l’opportunité, et la nécessité, de mettre des mots sur un sujet encore gonflé de tabous et d’incompréhension, l’homophobie. L’idée de cette pièce est venue à l’esprit de Yann Verburgh en 2013. Le projet de loi autorisant le mariage aux couples de même sexe vient alors d’être voté, et représente une avancée extraordinaire pour la communauté LGBT française.

Mais dans le même temps Yann Verburgh est choqué d’apprendre que les agressions homophobes s’intensifient. Il décide donc de se renseigner plus en profondeur sur les mauvais traitements réservés en France et dans le monde entier aux homosexuels. Il résume : « Il n’y a pas de mots pour qualifier ce que j’ai trouvé, même si on peut parler d’intolérance, de violence, de discrimination, de crime de haine, de barbarie ou d’horreur ». Et, comme pour évacuer toutes ces tragédies, il prend la plume et décide de raconter le pire tout en injectant un message d’espoir : « Au milieu de l’horreur surgit l’amour ».

Les ogres, métaphore de la peur

Le public retrouvera donc Benjamin, jeune instituteur homosexuel. Il vient de se faire agresser et d’être laissé pour mort dans une forêt de Normandie. Traumatisé, bien sûr, Benjamin doit faire face à ses ogres : « Les ogres sont la métaphore d’une peur et d’une souffrance, explique Yann Verburgh. Celles de Benjamin et celles des autres victimes. Ils sont la représentation d’une cruauté, celle de la bouche, du stade oral, du verbe, jusqu’à la barbarie, jusqu’au sang, jusqu’au meurtre, jusqu’à l’horreur ».

Tout au long de la pièce, les spectateurs entendront la voix des ogres, celle des parents des victimes, des âmes en souffrance. L’auteur propose une pièce qu’il définit comme du « théâtre documenté » qui s’inspire de la situation des homosexuels dans 14 pays différents, et illustre 28 scènes. Et toujours, en fil rouge, Benjamin, cet instituteur qui souffre et cherche la résilience. Le public le suivra de son agression jusqu’au jour du procès. « Bien sûr que cette pièce est triste, dramatique, précise Anne Taraud. Mais elle a aussi une raison d’être, elle peut ouvrir le débat. C’est en tout cas notre démarche ».

SOURCE: Midi Libre Lunel, édition du 22/03/2017
Consultez la version en ligne ici.

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« Du théâtre engagé contre l’homophobie à l’Atrium »

 

Du théâtre engagé contre l’homophobie à l’Atrium

SOCIÉTÉ Les Amis du théâtre abordent avec la pièce jouée ce soir, à Dax, le thème de l’hostilité à l’égard des homosexuels

Homophobie, rejet de l’homosexualité et hostilité à l’égard des homosexuels. Ce sujet, tabou dans nombre de pays, est abordé dans la pièce « Ogres ». Cette création théâtrale originale est née grâce à la Fédération d’associations de théâtre populaire (FATP). Ce collectif dont l’association locale des Amis du théâtre fait partie intégrante, se charge de sélectionner des textes jamais joués. En lice trois travaux. Celui de Yann Verburgh a suscité bien des débats. « Ce texte contemporain n’y va pas par quatre chemins », présente Carine Bonnard, vice-présidente des Amis du théâtre de Dax, professeur de français et de latin au lycée Borda. En janvier dernier, la première représentation confidentielle, à Avignon, retient l’attention et bloque le choix. La fédération opte pour la coproduction d’« Ogres ». De cet engagement, la compagnie du même nom voit le jour. Le sujet des agressions homophobes « montre des récits marquants » à travers le monde (Russie, Ouganda, Iran, Brésil, Grèce, États-Unis,…). Avec en fil rouge, l’histoire de Benjamin, conduite jusqu’au procès.

Thème inattendu
Carine Bonnard, a assisté à la première : « J’y allais avec des attentes. Finalement, la mise en scène n’est pas redondante. Le texte, choisi pour son écriture, aborde un thème inattendu. Il faut écouter jusqu’au bout le message ». Du théâtre engagé pour « montrer aux Dacquois ce qu’ils n’ont pas l’habitude de voir ». Cette pièce part de faits divers entrecroisés, de destins, de témoignages, de voix de victimes d’agressions homophobes. Sur scène, la violence de ces actes, la réalité en pleine tête. Chaque cas se présente sous forme de saynète avec en décor une forêt où se trouvent les ogres. Tout en gardant bien en vue la ligne directrice, celle de Benjamin, instituteur, torturé et laissé pour mort dans un bois de Normandie. « Toutes les histoires se passent chez lui. Les personnes y viennent pour parler de leur vécu », glisse le metteur en scène roumain, Eugen Jebeleanu, qui souhaite rendre ce spectacle accessible. « Ce texte parle de la liberté d’aimer, des minorités, de la parole des parents et des victimes ». Toutefois, les Amis du théâtre tiennent à prévenir les lecteurs et les futurs spectateurs. La représentation s’adresse aux personnes de plus de 16 ans car les acteurs emploient un langage parfois virulent et direct. Certaines scènes sont jugées dures.

Susciter le débat
Dans le même décor, l’homosexualité féminine et masculine occupe toute la scène, « pour toucher un maximum de personnes », espère Carine Bonnard. Elle attend l’ouverture d’un débat autour de cette pièce « qui ne laisse pas indifférent ». La compagnie organise un « bord de scène ». Ainsi, les spectateurs peuvent échanger avec les comédiens et le metteur en scène. « C’est important d’avoir une discussion après. Le public a besoin d’entendre le message, de parler de ce sujet et de ces questions, de se créer un monde. Chaque spectateur peut y trouver son chemin », raisonne Eugen Jebeleanu. « Ogres », actuellement en tournée dans toute la France, ne se joue qu’une fois dans le Sud-Ouest, à Dax, ce soir. La pièce s’exporte ensuite dans le Sud-Est avant d’envahir la capitale cet automne. « Cette pièce a un bel avenir. Il est important de faire vivre ce texte », estime la vice-présidente des Amis du théâtre. Des places restent disponibles (encadré ci-dessous).

PROGRAMMATION
L’association des Amis du théâtre propose un spectacle par mois à l’Atrium, à 20 h 30. Le 25 mars, se joue la pièce d’Emmanuel Gil « Le Delirium du papillon ». Le 7 avril, celle de Stendhal « La Chartreuse de Parme ». Pour l’achat des places, un tour à l’office de tourisme suffit. Il peut aussi se faire le jour de la représentation.

ALEXIA CHARTRAL
dax@sudouest.fr

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« Ogres met l’homophobie en pièce »

« Ogres met l’homophobie en pièce » dans le magazine La Chronique d’Amnesty International

2016-31-01 - Amnestie International - Ogres met l'homophobie en pièce

« C’est impressionnant la nuit dans les bois, quoi. Les flammes et tout. Mais on s’est cassé direct. Je vois pas comment il s’en est sorti vivant, quoi. »
Ogres
commence avec l’attaque de Benjamin, un jeune homosexuel laissé pour mort dans un bois en Normandie. L’histoire, racontée par son agresseur, sert de fil rouge à la pièce, jusqu’au procès. En fond de scène, des noms de villes défilent sur grand écran. Quatorze au total : France, Russie, Ouganda, Brésil… Ces lieux introduisent des scènes fragmentées autour d’actes homophobes.
A la croisée du documentaire et de la fiction, Ogres est la première pièce de Yann Verburgh. « Je me suis documenté sur les cas d’homophobie à travers le monde : certains parcours, plus que d’autres, sont restés en moi », raconte l’auteur. Le résultat est un « théâtre documenté », selon son metteur en scène Eugen Jebeleanu, qui s’est donné pour mission de « créer un réel poétisé à partir de faits ».
Au fil de la pièce, les points de vue des victimes, des agresseurs, des familles et des témoins se confrontent. « On est tout à tour amené à incarner la victime et le bourreau, sans caricature. On s’interroge alors : n’avons-nous jamais endossé ces deux rôles une fois dans notre vie ? », explique le comédien Gautier Boxebeld, qui incarne, entre autres, le personnage principal, Benjamin.
Déjà présenté lors de lectures et de mises en espaces, Ogres a remporté mi-décembre l’appel à projet de la Fédération d’associations de théâtre populaire (FATP) : le spectacle pourra donc être monté et programmé sur une quinzaine de dates à travers toute la France pour la saison 2016-2017. Le texte de la pièce sera quant à lui publié aux éditions Quartett au mois de mai.

Julia Mourri
Amnesty International
Janvier 2016

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